Articles - Jean Lhoir

décréation

  |   69  |   Poster commentaire  |  Jean Lhoir

Décréation




Jour 1




J’ai honte. Plus je les regarde plus j’ai honte. Bouffis d’orgueil ils se toisent, ils se battent. Certains ont même inventé la torture, sur les femmes et les enfants. Ce n’est pas croyable ce qu’ils sont devenus. J’avais cru que tout serait beauté, quiétude, calme et respect et voilà le résultât. Quel gâchis !
Je regarde pour l’instant un groupe d’exaltés en train d entraîner des enfants à se battre. Ils sont là, sur leurs jambes grêles les mains serrant des fusils aussi grands qu’eux, tremblant de peur. Ils ont plus peur des hommes qui les dirigent que des armes qu’ils manipulent. Je peux entendre leurs cœurs battre, boum boum boum comme des coups de fusil.
Et là-bas, dans un immense appartement au dernier étage d’un gigantesque building, ils sont réunis les dirigeants de ce monde. Je les vois rayonnant d’avoir spolié les autres, comptant les milliards dont ils ne savent que faire. Je les regarde plongeant leur cuillère à même la boite de caviar, j’entends le champagne couler dans leur gosier avec un bruit de siphon. Je suis écœuré.
Plus loin je vois un groupe d’enfants qui grattent des détritus sous le regard glauque de parents ivres qui attendent…quoi ? Rien.
Je cherche ailleurs, un coin tranquille, un petit couvent. Elles sont là encore quelque unes, robes de bure, coiffes désuètes chapelets à la ceinture. Quelle impression de calme et de quiétude, étonnant ! C’est l’heure de la confession. J’écoute d’une oreille attentive, que de mesquineries de jalousies de méchancetés qu’elles se lancent à la figure, les yeux brillant d’exaltation morbide, la bouche tordue d’un rictus de haine. La aussi tout n’est que fiel, hargne et malveillance.
Je vois les autres ils tournent sur place en pensant à quoi ? Plus loin d’autres barbus brandissent des armes, d’autres encagoulés les yeux injectés de haine, ils crient en mon nom la mort et la destruction.
J’ai tout faux, ce n’est pas ce que le voulais au départ. L’homme n’est pas bon. Cela doit cesser. Même s’ils m’ont appelé Dieu, Jehova, Shiva, Krishna, Allah, Zeus ou dollars, j’ai fait faillite la preuve est évidente, le sommet de ma création n’est que bassesse et déchéance Que l’homme ne soit plus, qu’il disparaisse. Adieux truands, voleurs, violeurs, bandits, larrons, mégères, catins, sorcières, viragos et autres avares, fesse-mathieu et grippes-sou et aussi les prêtres et les gourous . Que la paix revienne sur terre !



Jour 2



Quel calme, je regarde d’un œil attendri ce nouveau monde sans l’homme. Les animaux c’est quand même mieux. Je vais aimer ce nouvel Eden.
Tiens, une araignée, araignée du matin chagrin. La journée s’annonce mal.
Tout pourrait être parfait, dommage que les rats prolifèrent, le lisier envahit certaines parties du monde. Les animaux se battent. Là, les crocodiles s’attaquent à une troupe d’antilopes, plus loin les lions se repaissent de gnous.
Peut-être que tout n’est pas parfait. Tiens ! Je regarde la coccinelle, dire que les hommes l’appelaient la bête à bon dieu. C’est vrai quelle est jolie avec ses points rouges. Je la regarde de tout prés, pouah ! Ce qu’elle pue. De plus je la vois manger des pucerons c’est dégoûtant. Et quand je pense à l’ornithorynque ! Celui-là je l’ai complètement raté, avec son bec de canard, ses pattes palmées et sa queue plate, non mais je te jure ! Quelle déchéance ! Je devrais peut-être corriger l’animal en lui mettant des plumes dans le c...
Tss, , tss un peu de sérieux tu es dieu quand même. Me dit le saint d’esprit.
Que sont devenues mes premières créations, les dinosaures, les iguanodons, les ptérodactyles et autres tyrannosaures, ça, c’était du lourd du brutal du colooooosal. Bon bof ! Voilà que je m’égare encore. Faut dire que maintenant c’est plus de tout pareil, c’est du petit, du mesquin, allez osons le dire c’est de la crotte. Tiens en parlant de crottes j’ai encore marché dedans en me promenant dans mon nouvel Eden. Comme on dit l’exemple vient d’en bas ! Je devrais noter cela dans mes annales.
Et le bousier qui roule sa boule de crotte et le lapin qui mange les siennes, heureusement que je n’ai pas mis des ailes aux éléphants parce que là bonjour les dégâts les jours de tourista.
Je m’égare, revenons à nos moutons ! C’est vrai que les hommes n’ont pas fait mieux, quand je vois leur chat sans poil, toutes les variétés de chiens qu’ils ont pu créer au cours des âges, pas brillant tout ça. Ils en étaient arrivés à cloner certaines espèces. Bande de clowns. (hé ho vous voyez le rapport)
Je vais donc m’asseoir pour regarder vivre tout ce petit monde autour de moi. On a beau être dieu, l’odeur du lisier ce n'est pas la joie, les moustiques n’arrêtent pas de me piquer et les fourmis aussi. Je sens une fouine qui me fouille, foi de moi faisons front, je fais fi de la faune. Que disparaissent veaux, vaches, cochons, couvées, poux, puces et Jimini cricket, disparaissez aussi chiens, chacals, dingo, mickey, babar, titi et rominet et tant qu’a faire bob l’éponge et casimir. Adieu les animaux. Mon nouveau paradis sera une planète florale.
Jésus tu ne seras plus mon dauphin mais mon fils.
Jour3



Le jour se lève sur ma planète florale, quel bonheur une petite promenade de santé me ferait le plus grand bien. Pour ne pas marcher sur une jolie fleur je l’évite, alors je lévite et puis c’est moins fatigant de léviter pour l’éviter. En parlant de léviter, recherchons certaines plantes pour planer. Holà les puristes ! Je sais que léviter n’existe pas mais de léviter à planer, c’est pour faire le joint.
Ah ! Qu’elle est belle ma planète, pour peu je me prendrai pour Nicolas Hulot, je plane de ci de là, ensuite je ramasse quelques plantes, allez un petit joint que je m’éclate.
La vie est belle, tout en fumant mon pétard je plane en planant. Vlabadaboum c’est bien ma veine je viens d’atterrir sur un cactus. C’est vrai que tout n’est pas parfait, tout en enlevant les épines je réfléchis. A quoi bon toutes ces plantes, les orties vous brûlent, les roses ont des épines, les cactus n’en parlons plus. Bon bien sur, les fruits sont délicieux, les légumes tiens oui les légumes je peux déjà supprimer les choux, tout le monde sait que les enfants naissent dans les choux comme je ne veux plus d’homme sur terre, plus de choux ! Plus d’homme ! Quoique les roses aussi soient pour les petites filles il me semble. Allez soyons fou plus de roses. Comme l’on dit, la rose étant la plus belle des fleurs, allez zou! Plus de fleurs.
Ah c’est déjà plus clean . Les arbres les feuilles ce n’est pas non plus ma tasse de thé, fini les arbres. Adieu poires, pommes, noix, noisettes. Et dire qu’auparavant j’ai créé cela pour des prunes. Ne mégotons pas, encore un pétard et puis débroussaillons, déboisons, essartons, taillons, défrichons. En un clin d’œil fini la poutre, la paille et le cure-dent. Ote-toi de mon soleil tournesol, disparaît monnaie du pape, hors d’ici marchand du temple. Eli Eli lemasabactni Qu’entends-je, Holà je crois que je m’égare, dans quel état j’erre, je n’aurai pas du fumer ce joint.
Papa tu n’as pas honte ! Tu me plagies.
Voilà que mon fils me rappelle à l’ordre. Tu quoque fili.
Reprenons nos esprits. Hors de ma vue fougères, herbes tendres, steppes et toundras, jungles, lianes, tarzan, jane et shitta. Disparaissez algues, goémons et varech. Et hop ! Fini les champignons, les bolets les cèpes et les mycoses. Le soir tombe et je suis épuisé que demain un jour nouveau se lève sur ma planète, sur mon paradis minéral.






Jour 4



Je regarde le jour se lever à l’horizon, ma planète minérale brille de ses couleurs ocres et ors, quelques roches brillent dans le soleil révélant à mes yeux émerveillés moultes gemmes, émeraudes, topazes, diamants, les couches aurifères brillent sans nulle autre pareille ! Je m’écrie ébloui «je suis le roi du monde » comme léonardo da Vinci ? da Capri ? de capri ? Oh ! Enfin je ne sais plus. C’est vrai que les brumes du pétard d’hier flottent encore dans les circolovo, cirlovocu, bon bref dans ma tête.
Me voici au milieu de ces quatre éléments l’eau, la terre, l’air et le feu. Ils en parlent tous : Platon, Buffon, Aristote, Laotseu, Sartre et Simone et bien sur Jean-Claude Vandamme, Cauet et Michel Dardenne, enfin tous les grands philosophes.
Je vais vous parler du feu. Je vois tout ces volcans qui grondent, crachent, comme le Taal, le Patoc, le Mayon, le Pinatubo aux Philippines. Plus loin le Bus-obo en Mongolie, je passe très vite les Kozu-jima, Fuji, Hakone, Kutcharo japonais, la soufriére, le puy de dôme, le piton de la fournaise, le kafra, le Laki, l’Etna, le Stromboli et le Pico et bien d’autres encore...
C’est d’un œil critique que je regarde ces fumerolles sortant des calderas, ces coulées de laves glougloutantes hors des crevasses, ces bouillonnements grotesques lorsque la lave se coule dans la mer, ces miasmes sulfurés qui s’étiolent dans le ciel tourmenté par des poussières éjectées à grands renforts de rots gargantuesques, émis par ces bouches démoniaques…
Je me rends compte que le feu résume toutes les pulsions de l’homme. Ne dit-on pas le feu de l’action, je brûle d’envie, il se consume d’amour, il s’éteint tout doucement, j’ai le feu au cul ou les feux de l’amour ? Mes routes sont flambant neuf. Feue ma grand-mère, feu mon aïeul j’ai un feu de barbe «ah ! que… j’ai allumé le feu dixit Johnny encore un grand philosophe».
Je suis fier de ma diatribe, quel lyrisme, quelle envolée, je ne me sens plus, mon esprit bouillonne comme le magma du Guadalupe, mes mots s’écoulent comme les laves du Galeras. Mes pensées mon ego je m’éclate, je beuh bof
Eh oh ! dieu ! ! Tu pètes un câble ou quoi ? Un peu de modestie !
C’est l’esprit saint, sain ? qui me rappelle à l’ordre.
C’est vrai que je m’égare encore. Tout compte fait, je crois que ces volcans n’ont aucune utilité, supprimons-les ! Bye bye feu flammes, chaleur volcan, foutre que tout ça. Mon nouveau monde sera de terre, d’eau et d’air.





Jour 5


C’est une nouvelle aube, un nouveau jour, une nouvelle vie, I am filling good.( Merci Nina) Pas pour longtemps voilà la pluie. Un de ces petits crachins qui va continuer tout le jour.
Quelques minutes déjà et je patauge (attention lecteur, lectrice je vous ai entendu penser, tu patauges surtout dans ton texte), A ce lecteur infâme je Louis (De Funès) répond, elle est forte celle-là. Soyons correct,
Je reprends ! Quelques minutes et déjà que je patauge, je vais de flaques en fanges et mes souliers chuintent tristement dans la boue.
Je m’arrête et contemple la glaise qui colle à mes chaussures. Mes souliers sont las je vais les délasser. Je les délace et ils restent là.
Ah ! Adieu le temps où je malaxais la glaise pour faire des petits bonhommes et ensuite je soufflais dessus ? Que sont-ils devenus ? Je me le demande ? Peut être des schtroumphs ou la schtroumphette.
Plus loin, je vois la mer danser le long des golfs clairs, elle a des reflets changeant sous la pluie, la mer ! alors je traîne et mon ennui grandit. Hou hou ! vous avez vu ?, je traîne et… Trenet, non ? non ! bof .
Plongeons au plus profond de nous même , toute cette eau est-elle utile, je me le demande ?. Que faire des ces rus, ces rivières, torrents, fleuves et autre rio grand et petit, ces lacs, ces étangs et ces mares, y en a marre !
Si j’ai supprimé le feu, l’eau ne me sert plus à rien puisqu’il n’y a plus de risque d’incendie.
Osons, j’étends mes bras et je crie, mers et océans disparaissez dans les profondeurs abyssales, rivières, torrents, lacs asséchez vous, puits, sources, égouts et fossés tarissez-vous et que l’on retire tous les bouchons des baignoires.
-Bravo, papa s’écrie mon fils. Arrosons cette victoire !
Ce sera un pastis pour moi petit.
-Papa avec ou sans eau le pastis.
Et oui ! il est comme ça le petit ! Il me propose du pastis alors que l’eau n’est plus ! C’est un marrant le petit, tout comme son père !
Je suis content que l’eau ne soit plus ! Je peux enfin me balader sans mouiller le bas de mes basques ! Mais quel bonheur ! Quelle euphorie ! Ne plus à avoir à chanter « singing in the rain »… Ne plus chercher mon parapluie, mon pépin pour protéger ma pomme.
Allez, va pour un pastis pur ! Deux… Trois… Quatre… Cinq…Six…sept… huit.. neuf.. il est né le divin enfant ! Allez, quand on aime on ne compte pas !
Je m’endors en chantant c’est un curé de campagne nom de d…….etc etc.




Jour 6.

Je n’aurai pas du boire autant, j’ai la gueule de bois ! Quand je me suis réveillé, j’étais en train de comater ( néologisme ) sur des pierres, pierre tu es pierre et sur cette pierre je bâtirai mon église… Et dire que ces humains m’ont rendu un culte et se sont battus pour moi… Mais quelle folitude (nouveau néologisme)… C’est tellement abracadabrantesque…( toutes ces expressions sont des néologismes crées par des hommes politiques de tout bords).
J’aime bien ma nouvelle terre, plus d’hommes, plus de femmes, plus d’animaux, plus de végétation, plus de feu, plus d’eau ! C’est plaisant d’être Dieu… On peut faire ce que l’on veut. Et maintenant que vais-je faire, de tout ce temps que sera ma vie
Le plagiat est condamné par la société des droits d’auteurs me dit l’esprit saint.
Je me retourne, ils sont la tous les deux, le fils et l’esprit.
Gardons les pieds sur terre me dit mon fils, quel est le programme pour ce jour béni ! Des dieux ?
Là je me le demande ! Un peu de sculpture, une petite promenade de santé, quelques galets pour une partie de pétanque, que sais-je ? Je cherche et tout à coup la lumière fuse, cette air pur et ces rochers autour de moi : Un petit air de roc peut-être ! Hé ho le sain d’esprit ! le rock c’est à se rouler par terre, non ! roc en roll.
Mon humour tombe à plat et moi de même, car une pierre roule sous mon pied et me voilà céans sur mon séant. (traduction : ces rolling stone me laisse sur le cul).
Je regarde méchamment le morceau de basalte noir, cause de ma chute.
Alors papa tu boudes, me dit mon fils, tu boudes un noir ? si cela avait été un carrare j’aurai pu dire tu boudes un blanc ! c’est un cas rare !
La remarque me reste sur l’estomac comme une charcuterie mal préparée.
Je sarcasme aussi, casse-toi pauvre con ! (expression nouvelle signifiant : ayez l’obligeance de vous écarter de mon chemin, manant).
Mon grand plaisir s’érode, Hérode le grand , s’écrie mon fils.
La nuit tombe, les remarques de mon fils et de l’esprit saint me gonflent, c’est la goutte qui fait déborder le vase, (le vase de nuit).
Que cette terre disparaisse, cassez vous caillasses, pierres, sable, dunes, rochers et marbre, aussi je vous saurai gré de disparaître, erg reg et les grès.
Demain mon royaume sera , osons le dire un monde dans le vent..






Jour 7.

Le vent se lève, (si je dis le jour vous allez encore critiquer).
L’air de rien, c’est un jour venteux qui me décoiffe, je fais la bise à mon fils et au saint d’esprit. Un pet après (hé ! ho je n’ai pas dis un peu, j’ai dis un pet, c’est sain le pet, hein ! L’esprit saint. Et de plus le pet est un vent) je respire un bon coup, là ! j’aurai pas dû le faire, ça flaire.
Papa sans vanter ta planète est dans le vent, souffle moi une idée pour nous occuper ce jour !
Bon vent mon fils nous allons planer, profiter du bon air sans en avoir l’air.
L’air de rien, j’ai bel air de prendre l’air sans en avoir l’air.
Je plane sur mon humour.
Le vent souffle où il veut ; tu entends sa voix, mais tu ne sais ni d'où il vient ni où il va. Citation citée à Sion, Jérusalem an 32.Extrait St jean, un copain de mon fils, qui a écrit une biographie sur celui-ci.
Il flotte ici un vent de folie, allez les gars bon vent, vaya con dios.

Si dieu existe, il doit rigoler….enfin j’espère.